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En gestion de projet, on distingue la maîtrise d’ouvrage (MOA), donneur d’ordre qui exprime les besoins, et la maîtrise d’œuvre (MOE), qui les réalise techniquement. L’assistance à maîtrise d’ouvrage (AMOA), interface entre MOA et MOE, a quant à elle un rôle pivot dans la formalisation et le pilotage du projet. Focus sur une fonction peu connue qui n’en reste pas moins essentielle.


(source : freedigitalphotos.net)
Dès l’amont : la traduction des besoins

Si la MOA a le rôle de donneur d’ordre, la fonction de l’AMOA – qu’elle soit ou non confiée à un prestataire extérieur-, consiste dès l’amont du projet à recueillir et traduire les besoins exprimés par celui-ci. C’est un aspect que souligne Davy Guyau, responsable du service Business Analyse de la société BIC, qui gère une cinquantaine de projets par an. Il explique ainsi être chargé de « cadrer les projets, voir quels sont les enjeux, les objectifs, recueillir le besoin, analyser le besoin ». La société BIC s’appuie pour la partie AMOA sur le cabinet Telys, spécialisé en pilotage de projets et notamment en assistance à maîtrise d’ouvrage. « La rédaction de livrables clairs, concis, univoques, compréhensibles par tous et conformes aux besoins réels des utilisateurs ne s’improvise pas », explique Telys, qui ajoute que « c’est dans la phase d’analyse ou de conception des projets que l’on écrit 80% de la réussite du projet ».
 
Une consultante du groupe Altera, autre prestataire spécialiste de l’AMOA, détaille également la nature de la première étape d’une mission menée dans l’industrie automobile : « observation / analyse et reformulation avec les interlocuteurs clés ». Une étape qui rend l’AMOA d’autant plus essentielle que, souligne-t-elle, dans ce projet, « les objectifs n’étaient pas tous connus et formalisés au démarrage ».
 
Un rôle d’intermédiaire

Mais la fonction de l’AMOA consiste aussi, ensuite, à faire le lien entre la MOA et la MOE… qui ne parlent pas forcément le même langage. Philippe Gamer, directeur des opérations à l’Argus de la Presse, entreprise de services et de conseil en relations médias, et qui travaille également avec le cabinet Telys, confirme ce « besoin d’Assistants à maîtrise d’ouvrage, qui vont être le lien entre le métier et nos prestataires informatiques ».
 
Team Trade, cabinet de conseil proposant des prestations en MOA et MOE dans le domaine de la finance, pointe aussi du doigt cette dimension. Thomas Roudié, manager, explique ainsi que dans ce secteur pointu, cette place d’intermédiaire entre le donneur d’ordre et l’exécutant est essentielle : « la maîtrise d’ouvrage en finance, c’est un intermédiaire entre des financiers purs pour qui l’informatique est un outil et les informaticiens qui finalement connaissent peu les tenants et aboutissants du métier de la finance », analyse-t-il. Sandra Pineau, consultante chez Team Trade, complète : « concrètement l’interface qu’il va y avoir c’est recueillir le besoin au niveau de l’utilisateur et pouvoir le transmettre de façon efficiente au développeur ».
 
Mission : pilotage

Enfin, la responsabilité de l’AMOA consiste aussi à assurer, de façon globale, le pilotage et le contrôle du projet. La construction et le suivi du plan d’action font donc partie intégrante de ses missions.
Franck Bergère, directeur de l’Organisation Qualité Contrôle et Risque au sein de la Mutuelle SMI, spécialiste des contrats collectifs sur-mesure, a assuré la direction du projet de certification ISO 9001 « Management de la qualité » de l’entreprise. Et il confirme que « cette démarche qualité a été l’occasion de renforcer l’adhésion de nos équipes à une culture d’entreprise orientée vers nos adhérents ». L’obtention de la certification ISO 9001 en 2010, qui  a été renouvelée en 2013 et permet à SMI de se différencier sur le marché très concurrentiel des complémentaires santé, a en effet demandé une organisation et un pilotage rigoureux pour assurer la cartographie et l’optimisation de l’ensemble des processus de l’entreprise. « Grâce à notre approche par projets, nous avons pu mettre en place un chantier d’accompagnement au changement pour chacune des étapes à franchir », précise encore Franck Bergère, qui illustre ici la mission «  tour de contrôle » qui incombe à l’AMOA
 
Autre projet d’envergure, qui montre encore la fonction de pilotage de l’AMOA, celui mené par le Crédit Agricole pour la refonte complète de son système d’information. Le projet Nice (Nouvelle Informatique Convergente Evolutive) représente déjà 415 000 jours homme de MOA, sous la direction de Jean-Bernard Mas, en charge de la conception et du suivi du projet ainsi que de l’interface avec la MOE. L’AMOA continue à piloter l’évolution du projet et notamment son orientation vers le multicanal, qui devrait changer profondément la nature et la gestion de la relation client au Crédit Agricole.
 
Dans les grands chantiers publics également, il est courant de faire appel à l’expertise d’une AMOA pour aider à traduire les besoins et à piloter les projets. Quand Normandie Aménagement a obtenu en début d’année le marché de l’AMOA pour le tram de Caen la mer, Viacités, le donneur d’ordre et autorité organisatrice du transport public sur les communes concernées, avait expliqué s’appuyer ainsi sur « l’expérience éprouvée d’un aménageur local très sensible à l’environnement urbain dans la réalisation des grands projets ». Normandie Aménagement est en charge de la gestion comptable, financière, administrative et juridique mais également de l’organisation de la concertation et de la communication avec les parties prenantes.
 
Autant de responsabilités qui font de l’AMOA l’une des pierres angulaires de la gestion de projet, parce que la formalisation besoins de l’utilisateur final n’a souvent que peu à voir avec considérations techniques qui prévalent en phase de conception et de réalisation. Être AMOA, c’est avant tout parler le langage de tout le monde. De la finance, aux mutuelles en passant par les travaux publics, on imagine aisément que ce type de savoir-faire ne s’improvise pas.