Le Progrès Technique

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L'essentiel de l'information industrielle du moment

Ambivalence : le mot résume le comportement des consommateurs aujourd’hui. Versant modernité, ils réclament toujours plus. Plus de facilité, de rapidité. Plus de produits, faciles d’usage, d’entretien. Plus de contacts, plus d’ouverture au monde. Et côté pile, les consommateurs expriment une inquiétude, voire une forme de nostalgie qui les rend méfiants, souvent réservés, parfois carrément dubitatifs sur l’intérêt du progrès. Comme s’ils se sentaient entrainés, contraints et forcés, dans un mouvement irrépressible qu'ils peinent à appréhender. Cette ambivalence se traduit dans les comportements d’achat et elle est dorénavant prise en compte par les grandes entreprises, tous secteurs confondus.


Entre conservatisme et modernité
A cet égard, le secteur alimentaire est emblématique, voire caricatural. C’est le fameux exemple des tomates que tout le monde juge aujourd’hui normal de trouver dans les rayons primeurs des supermarchés tout au long de l’année, à un prix attractif. Et parallèlement, les voix s’élèvent nombreuses pour dénoncer le fruit sans gout ni saveur, tristement calibré, la « malbouffe » et plaider en faveur d'une meilleure qualité des produits.
 
Les responsables du secteur de la grande distribution ont du affronter ce paradoxe qui relève parfois de la quadrature du cercle. Carrefour, Leclerc, Auchan ont ainsi été contraints de réinstiller la notion de qualité dans leurs stratégies de prix bas. La plupart des grandes enseignes ont passé des accords avec des producteurs locaux, développé des partenariats avec les circuits courts et ont lancé des opérations de communication en ce sens. Pour convaincre, notamment, qu’il n’y a pas une alternative offerte au consommateur (bien manger OU manger peu cher), mais au contraire une proposition conjointe (bien manger EN mangeant bon marché).
 
Le pari n’est pas encore gagné. Les enquêtes de satisfaction continuent d’exprimer une relative défiance face à la qualité des produits frais des hypermarchés. Mais pour autant, les réseaux de distribution traditionnels (magasins primeurs, marchés, producteurs locaux…) restent hantés par leur fragilité économique et s’interrogent sur leur devenir.
 
La culture, un secteur bouleversé par les technologies
Ce malaise est décelable également dans le monde la culture, en particulier celui de la musique et du livre. En moins de vingt ans, les éditeurs ont du affronter un véritable tsunami économique et organisationnel.  La demande s’essouffle. L’objet culturel, même s’il bénéficie d’une image forte,  a la réputation d’être moins accessible, trop cher ou mal distribué. Le réseau de disquaires indépendants a, par exemple, complètement disparu en France, en moins d’une dizaine d’années. La révolution technologique du numérique a modifié complétement les modes de consommation en matière de musique. ITunes sert désormais de disquaire à beaucoup de gens. Est ce bien, est ce mal ? C’est une réalité à laquelle il faut s’adapter. Les libraires indépendants, eux aussi, affrontent une crise profonde entamée depuis longtemps. Dans le même temps, jamais la culture ne s’est si rapidement diffusée, via les nouvelles technologies, au premier desquelles on trouve Internet.
 
Le groupe Hachette, numéro 2 mondial du livre derrière le britannique Pearson, s’est saisi du sujet depuis plusieurs années. Son dirigeant, nommé en 2003, a tracé une ligne-force pour le groupe : l’attachement aux activités livre-papier. Pas question pour cette maison historique dans le domaine de la connaissance et de la culture d’abandonner ses activités traditionnelles. En fils de libraire, féru de littérature, Arnaud Nourry entend préserver ce qui forme le capital génétique d’Hachette, un fond de dizaine de milliers de titres, une centaine d’éditeurs regroupés au sein du vaisseau amiral et 15 000 nouveautés éditées chaque année dans tous les domaines.
 
Dans le même temps, impossible de négliger le développement du e-book. Même si en France, le marché est encore balbutiant (moins de 1% du marché), sa tendance au développement exponentiel est évidente et conduit les éditeurs à se réinventer, pour rendre possible la cohabitation entre les nouveaux supports éditoriaux et les livres par le biais de l’anticipation du marché. Il s’agit par exemple, pour Hachette, d’analyser le plus finement la demande client en lui assurant un livraison sous 24 ou 48 heures, dans la librairie de son choix, ou d’encadrer le développement du numérique, en signant avec Google un accord sur les conditions de numérisation.
 
Une évolution qui touche tous les secteurs
Toute chose égale par ailleurs, cette opposition entre production traditionnelle, haute technologie et attente des clients est vécue avec la même intensité dans les secteurs de l’industrie traditionnelle. Dans le bâtiment et la construction, les dirigeants doivent affronter des normes environnementales impératives et de plus en plus nombreuses, tout en répondant aux attentes technologiques. Là aussi, la réussite passe par l’anticipation. Autre exemple, la filière chimie et plastique qui concentre ses recherches et ses réflexions pour pouvoir satisfaire la demande croissante de secteurs en devenir, comme celui de la voiture électrique.
 
Ce mouvement n’épargne pas la branche des services. Le secteur du tourisme a ainsi largement révisé sa politique de développement. Pour répondre à une clientèle mieux informée, exigeante tout à la fois sur la qualité et les prix, il propose une offre davantage personnalisée, plus respectueuse des identités locales, moins standardisée.
 
Replacer l’homme au cœur de la démarche d’innovation
Ce dualisme entre modernité et tradition n’est pas nouveau. Ce qui change aujourd’hui c’est une accélération des rythmes de l’innovation. Facteur de croissance économique mais aussi source d’instabilité, l’innovation a d’abord un impact sur l’humain. Le progrès technologique repousse les champs du possible mais il oblige à chacun de s’adapter en permanence. Consommer au 21e siècle n’est plus aussi simple que précédemment : il faut s’informer, être prêt à modifier ses habitudes, etc. C’est pourquoi l’entreprise doit intégrer ces paramètres et en particulier une certaine exigence de s’inscrire dans la modernité tout en tenant compte de l’attachement des clients à leurs habitudes. La révolution industrielle de l’innovation n’est pas juste technologique, elle est avant tout humaine. Elle doit se faire au service de l’homme en respectant les souhaits et les usages de chacun. Certains dirigeants d’entreprises ont bien compris ce dualisme et vont dans le sens de cette révolution industrielle technologique sans oublier leurs racines.
Bientôt, une nouvelle révolution industrielle?