Le Progrès Technique

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Le vrombissement des moteurs de Formule 1 déchaîne toujours les passions. L’image technologique transmise par les constructeurs automobiles classiques s’avère être une véritable manne de promotion indirecte. Le public et les clients des marques concernées intègrent cette image de dynamisme, puissance, fiabilité, et performance. Et si l’avenir des moteurs de courses était dans le silence de l’électrique ?


L'avenir de la performance automobile ? Lightning GT electric Supercar (crédit Wikimedia.org)
Aux origines de la performance

Quand on regarde ce qui se cache sous le capot de nos voitures, on contemple généralement le passé de la course automobile : nos moteurs thermiques ont souvent été inspirés de ceux de la Formule 1 depuis plus de cinquante ans. Et la tendance suit pour la motorisation électrique. Les Supercars électriques se laissent admirer et essayer pour les privilégiés dans les grands salons automobiles. Aux côtés de ceux de Tesla Motors, le roadster électrique Pariss est une des premières réalisations de sportives électriques.

Plus de bruit. Un véhicule ultra performant dépourvu de nuisances qu’elles soient sonores ou d’émission de gaz. Un rêve d’enfant devenu réalité : les petites voitures électriques miniatures passent du statut de jouet à un usage réel, propre et moderne. Les transformations vont bon train, d’un usage personnel à l’utilitaire. Les excentricités les plus folles de bambins sont maintenant possibles pour les plus grands avec des exigences de performance au rendez-vous.

Technologie high-tech et économies

La motorisation électrique réserve de nombreuses surprises à l’automobile. Le maximum de puissance étant disponible immédiatement, les accélérations décoiffantes sont bien plus impressionnantes que sur les traditionnels moteurs à explosion. Pour Xavier Petitdidier, le Directeur des programmes de véhicules électriques et du stockage d’énergie de Forsee Power Solutions, expert de la génération électrique et des systèmes de batteries, « le rapport de puissance élevé sur certaines technologies de batteries électriques offre des avantages pour les utilisateurs encore aujourd’hui inégalés que ce soit en confort de conduite ou du point de vue économique ». On comprend vite que la voiture électrique se distingue par des organes moins nombreux, mais qui sont tous des bijoux technologiques.
Ainsi, le système intégré de batterie, qui sert d’alimentation s’avère bien plus léger qu’un moteur et ses systèmes associés, à performances équivalentes. Les parties échappements et réservoir disparaissent : c’est un gain de poids et de place immédiat. L’échauffement des batteries reste modéré grâce à des technologies et à des nouvelles interfaces de gestion des cellules. Les multiples possibilités d’architecture du système de batterie électrique sont telles que l’emplacement du centre de gravité peut être optimisé et procurer une très grande stabilité. Un calculateur permet aussi de répartir de manière idéale la puissance sur chaque essieu, voire sur chaque roue, et ainsi d’offrir une tenue de route incomparable.
En conséquence, les pertes énergétiques faibles et l’allègement du véhicule suggèrent un véhicule aux retombées économiques fortes tant pour les utilisateurs que pour les spécialistes de ces nouvelles technologies encore très peu nombreux.

Des applications diversifiées, du loisir à l’utilitaire

Du fait de technologies maintenant au point, les applications sont nombreuses en termes d’usages. « Une batterie de véhicule électrique est un système technologique à part entière, sur lequel pèsent des contraintes importantes en termes de performances, de sécurité, d’encombrement et de coût. Mais la contrepartie de cette complexité est l’extrême polyvalence de la propulsion électrique qui permet tous les usages, contrairement à un moteur classique : de l’utilitaire léger à la Supercar sportive, la technologie de base est la même. Ce sont les environnements chimique, électronique et mécanique et les systèmes de gestion de l’énergie qui font ensuite la différence » explique Xavier Petitdidier de Forsee Power Solutions. L’utilisation de batteries électriques adaptées est tout à fait appropriée aussi bien pour une puissance d’appoint au démarrage ou en accélération qu’en usage continu.
 
Certaines applications sont déjà bien installées comme dans les golfs, avec les voitures électriques adaptées aux parcs privés. D’autres déclinaisons dans un espace public sont visibles : les quadricycles avec ou sans permis vont voir leurs performances s’améliorer de manière notable avec une motorisation électrique. Les spécialistes de voiturettes Aixam et Ligier, le constructeur auvergnat, ont déjà franchi le pas. Philippe Colençon le PDG d’Aixam précise ainsi son ferme engagement stratégique et économique : « jusqu'à présent, nous n'avions pas décidé de nous engager sur cette voie, mais en surfant sur la communication faite par Renault sur son Tweezy, nous démontrons que nous sommes capables de réaliser un véhicule aux performances largement aussi bonnes, voire meilleures en termes de tenue de route, et plus convivial ». En outre, les utilisations peuvent être nombreuses avec quelques adaptations complémentaires, comme des mini pick-up ou des petits fourgons permettant de faire du porte à porte aisément.
 
Toute créativité est bonne à prendre. Le carrossier transformateur mayennais Gruau a ainsi lancé il y a plusieurs années son Blue Bus. Cette orientation s’inscrit dans une opportunité de croissance économique pour le Groupe dirigé par Patrick Gruau, qui indique que « l'un des axes stratégiques est de consolider ses activités traditionnelles en France, en plus d'un développement à l'international et dans les véhicules électriques ». Les équipes techniques de Gruau ont osé imaginer et concevoir le premier autobus avec un moteur sur le toit ! Il s’agit de batteries hautes performances intégrées sur le pavillon du véhicule. La garde au sol peut du coup être très faible et offrir un confort supplémentaire, notamment pour la montée et la descente des personnes à mobilité réduite. Le Blue Bus effectue ainsi les navettes entre la forteresse du Mont-Saint-Michel et les parkings sur le continent. Même le bateau amphibie de la baie pourrait aussi évoluer vers une motorisation électrique compte-tenu des fortes contraintes environnementales liées à la fragilité du lieu, sans compter l’avantage économique.
Plus généralement les bateaux fluviaux électriques sont aussi des modes de transports naissants. Bien que des constructeurs majeurs, comme l’américain Chris Craft ou le français Jeanneau, ne proposent pas encore la propulsion électrique au catalogue, d’autres comme Ruban Bleu en ont fait le socle de leur différenciation.
 
Tous ces produits de niche sont en très grande partie transformés à l’unité à partir de produits performants issus de constructeurs de grandes séries. Renault a récemment créé une filiale baptisée Renault Tech qui offre des adaptations standard fortement demandées par son réseau. Et pourtant, en se promenant dans la seule concession située à l’intérieur du marché de Rungis, les véhicules spéciaux proposés à la vente (vente ambulante, frigorifiques, utilitaires de chantiers) proviennent encore majoritairement de petits transformateurs ingénieux. Tout laisse à penser que le retournement du marché devrait avoir lieu très prochainement, grâce au dynamisme de tous ces intégrateurs et transformateurs.
 
Compétition « électrique »
 
Les retombées économiques sont donc multiples étant donné que les usages de véhicules électriques vont se multiplier. De nombreux acteurs ont flairé le bon filon à la fois différenciant et économiquement porteur. Ce n’est qu’un début compte-tenu du couplage d’un marché du transport en pleine mutation et d’une technologie électrique en pleine croissance. Il faut s’attendre à une compétition vive où les gagnants sauront tirer profit de performances technologiques sans commune mesure avec l’existant.