Le Progrès Technique

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La substance est ancrée dans nos vies, tant pour notre avenir que pour témoigner du passé. Les nouvelles technologies bousculent les usages de l’encre. Est-elle juste démodée, simplement obsolète, ou promise à de nouveaux succès ?


(Credit : freedigitalphotos.net)
Tout le secret de l’encre réside dans les pigments

Les pigments sont les activateurs des couleurs vives et durables. Il s’agit de produits naturels, d’origine minérale ou végétale, qui ont traversé les siècles. Certaines carrières de pigments alimentent toujours les professionnels de la couleur, qui les emploient  simplement parce qu’on a jamais vraiment fait mieux.
Les couleurs les plus durables sont issues d’encres ou de colorants composés de pigments. Les ocres du Lubéron fournissent depuis des siècles des pigments de très haute qualité, dont la durabilité dans le temps est inégalée. Les pigments durables sont toujours recherchés et parfois découverts par sérendipité, comme un nouveau bleu découvert en Oregon et qui pourrait se retrouver aussi bien dans les arts que dans l’industrie.

La traversée du temps sans encombre

Les différentes peintures rupestres trouvées ont permis de témoigner d’histoires inattendues et antiques, comme dans la célèbre grotte de Lascaux. Il s’agit d’une richesse patrimoniale inestimable qui aurait bel et bien disparu avec un support immatériel. Il n’est pas sûr que l’on puisse tirer quoi que ce soit d’un disque dur oublié des milliers d’années, et à l’exception des CD en carbone, la durée de vie de la plupart des supports optiques ne dépassent pas dix ans (dans des conditions normales d’utilisation).

Nombreux sont les livres encore visibles aujourd’hui qui témoignent d’époques fastes et innovantes pour l’utilisation de l’encre. Les manuscrits de la mer morte trouvés dans les années 1950 et datés à plusieurs siècles avant notre ère, sont l’une des preuves les plus éclatantes de la durabilité des supports ancestraux. Le manuscrit d’Isaie témoigne du temps qui ronge le papier mais n’altère pas l’encre. La bibliothèque Forney dans le Marais à Paris regorge également de trésors méconnus qui rendent gloire aux usages techniques du passé. La valeur de ces écrits historiques est inestimable, tant au niveau du contenu que des contenants.

Inamovible et inaltérable : deux raisons de lui faire confiance

Parce qu’elle est inaltérable, l’encre est le marqueur de référence. Que l’on pense aux tampons ou au simple principe de la signature : l’encre est synonyme de permanence et d’authenticité. Les tatouages s’inspirent de la même philosophie de durée : déjà présents dans l’antiquité, ils permettent encore aujourd’hui de marquer de manière indélébile une passion ou une appartenance. C’est un symbole de confiance et d’engagement durable. Les tatouages et la question des encres dédiées ont même leur congrès désormais.
 
Mais la longévité et l’inaltérabilité sont aussi les raison pour lesquelles l’encre est encore massivement utilisée dans l’industrie. Spécialistes des procédés d’identification produits, les entreprises Markem et Imaje, qui ont fusionné en 2007 ont recours à l’impression jet d’encre parmi leurs techniques de traçabilité et d’identification. L’impression d’encres spécifiques sur les coquilles d’œufs, mais aussi sur les cartons a permis de conserver la confiance des  consommateurs, tant sur la qualité des produits que sur le contenu (étiquetage). L’impression numérique d’encres multi supports est au cœur de la stratégie de Vincent Venderpoel le nouveau PDG du Groupe.

Le mariage de l’encre et des technologies de pointe

L’encre n’est pas synonyme pour autant de low-tech. Le domaine des billets de banques, grand utilisateur d’encre depuis ses débuts est celui où l’encre doit satisfaire au plus grand nombre d’exigences : durabilité d’une part pour des supports qui passeront de mains en mains, mais aussi innocuité pour les mêmes raisons, et sécurité, pour ne pas être falsifiée. Spécialiste de l’impression dite de haute sécurité, l’imprimeur Oberthur Fiduciaire additionne les savoir-faire traditionnels de l’impression et de la gravure aux matériaux de pointe que sont ces encres derniers cris. Pour Thomas Savare, DG d’Oberthur Fiduciaire, « [les billets]  sont de véritables condensés de technologie et le fruit d’une innovation permanente. Nous faisons le même métier qu’autrefois et avec la même passion qu’autrefois, mais en recourant sans cesse à de nouveaux procédés, à de nouvelles technologies, le tout dans le but de maintenir un niveau irréprochable de qualité. » Les encres utilisées par Oberthur Fiduciaire combinent des qualités uniques de réflectivité, de phosphorescence ou d’irisation ajoutées à sa durabilité naturelle. Autre entreprise familiale, la société suisse SICPA s’est faite une spécialité des encres dites de sécurité, avec des procédés d’impression taille-douce, qui vont jusqu’à donner des propriétés tactiles aux encres et donc aux billets.

A l’heure de la dématérialisation à tout crin, le marché de l’impression sécurisée reste paradoxalement florissant, avec des applications de plus en plus nombreuses. Les diplômes, les contrats officiels, les attestations, exigent des supports physiques imprimés qui rassurent parce qu’ils attestent d’une matérialité et d’une pérennité. Les certifications internet n’ayant pas encore réussi à se substituer de manière convaincante jusqu’à présent, il n’est pas possible de se passer d’un support physique et donc d’encre.

L’encre témoigne du passé avec tout le matériel construit qui nous entoure, que ce soit la décoration, le savoir, l’information… C’est ce qui nous permet de capitaliser pour l’avenir, qui deviendra à son tour passé. La première qualité de l’encre, c’est peut-être tout simplement d’être encore indispensable à une civilisation de l’écrit.

(Credit : freedigitalphotos.net)