Le Progrès Technique

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L'essentiel de l'information industrielle du moment

Au cœur de nos modes de vie contemporains, Internet représente sans conteste un des bouleversements majeurs de ces dernières décennies. Accéder au passé, diffuser le présent et parfois anticiper l’avenir, voilà ce que propose ce nouveau média « à tout faire ». Internet nous accompagne aujourd’hui dans les tâches les plus triviales de notre quotidien jusqu’aux fondamentaux, comme l’accès au savoir et l’apprentissage. Face à ces mutations, les défis sont majeurs sur le terrain de la vérité et de la transmission du savoir.


(Public Domain)
Un nouveau rapport au savoir

L’immense majorité des Français disposent chez eux (ou sur leur smartphone) d’une connexion Internet. Cette généralisation permet un large accès à des connaissances qui étaient jadis circonscrites entre les murs des bibliothèques ou des universités, et conduit à une démocratisation et au décloisonnement des savoirs. Illustration des possibilités offertes et des volontés : la bibliothèque numérique universelle dont l’ambition est, selon Robert Darnton, le directeur de la bibliothèque d’Harvard (73 sites, 17 millions de livres), « de mettre cette richesse intellectuelle, réservée pour l’heure aux seuls étudiants et professeurs, à la disposition de tout le monde ». « Grâce à la technologie moderne, ce rêve est possible » confie l’intellectuel américain.

D’autres exemples vont dans le sens de cette connaissance généreusement partagée à l’instar des Moocs, ces plateformes dédiées à l’enseignement en ligne, ou les podcasts qui se généralisent comme les visites virtuelles qui se multiplient en partenariat avec des musées des quatre coins du monde. Mais Internet pose également certaines questions quant à la validité, l’objectivité ou la pertinence de ce savoir partagé, entre délinéarisation et fragmentation des corpus informationnels classiques. A ceci s’ajoutent les pratiques contributives comme Wikipédia, dépeint par Emmanuel Vergès  dans De la vérité sur Internet : un enjeu commun et de nouvelles manières de nommer l’information. Si Internet peut contribuer à accélérer la diffusion des connaissances, les pratiques contributives alimentent quelques doutes légitimes : en particulier, qui valide les dites connaissances ?

Vers une perte de confiance ?

Internet s’inscrit dans un paradigme qui n’a rien de nouveau et selon lequel « mieux communiquer c’est mieux se comprendre » comme l’analyse Armand Mattelart  dans L’Invention de la communication. Or, le réseau virtuel pose la question incontournable de la validité des informations qu’il véhicule. Un nombre croissant d’individus 2.0 mettent en ligne des contenus et on assiste à une véritable explosion des sources d’informations à la qualité toute relative. En effet, l’accès à la connaissance en ligne échappe au circuit de validation traditionnel, porté par les éditeurs de livres, les services de rédaction de presse, les universitaires ou les enseignants chercheurs. Et le paradoxe Internet prend forme : plus nous nous informons, plus nous doutons de l’information. Où est la vérité ? Quel contrôle est possible dans ce contexte ? Ces mutations nous mettent face à l’impérieuse nécessité d’impartialité de la connaissance, mais aussi de l’existence d’intermédiaires de la connaissance.

Si l’ensemble des vecteurs du savoir comme les professeurs, les journalistes ou les éditeurs portent une responsabilité culturelle dans la transmission, avec le numérique, les repères se brouillent. Plus que jamais le rôle des premiers est nécessaire afin de garantir la validité et la qualité de l’information transmise par le second. « Quoi de plus simple que de monter un manuscrit sur internet, de partager un texte écrit à la va-vite, des notes de cours, ou encore le scan d’un livre ancien ? » interroge Arnaud Nourry, dirigeant du groupe Hachette Livre. Il insiste sur la possibilité –et probablement le devoir- pour les éditeurs de se poser  en « pourvoyeur de repères, de donneur de sens dans un monde qui s’enivre de SMS, de tweets et d’instantanés ». Face à une connaissance à portée de clic, la vérification des sources, l’explication de texte ou le commentaire pédagogique sont indispensables.

Une responsabilité accrue

Dans le domaine éducatif, la question de la qualité des supports pédagogiques se pose particulièrement, d’autant que les élèves issus de la génération numérique ont adopté le réflexe Internet. Il n’est ici pas question de se priver du réseau en ligne. Internet regorge d’atouts dans la transmission du savoir. En 2013, Lelivrescolaire.fr a mis en ligne sa collection de 16 manuels scolaires en libre accès, couvrant tous les niveaux des matières principales au collège. Les éditeurs scolaires historiques tels que Nathan, Bordas, Belin ou Hachette proposent également des versions numériques des manuels scolaires et des kits pédagogiques accessibles en ligne à destination des enseignants, des élèves et des parents. Depuis 2009, tous les manuels de lycée sont bi-média, même si le papier reste roi en la matière. Mais peu importe le support. Il s’agit de fournir un cadre rigoureux et impartial à l’enseignement.

Avec Internet, la responsabilité et les qualités distinctives des « professionnels de la connaissance » se sont accrues. Il s’agit pour eux de renforcer le contrôle et de garantir une ambition élevée face à l’éducation. Ces qualités sont fondamentales afin de maintenir un rapport équilibré avec ce monde virtuel qui prend de plus en plus de place dans notre réalité, quitte à distordre un peu notre perception du savoir.