Le Progrès Technique

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Manque de compétitivité, manque de pertinence dans la R&D, manque d'innovation : le rapport de la Commission Européenne tire la sonnette d'alarme sur la situation des entreprises françaises. Avec 9,3% de croissance en 2010 pour les entreprises cotées en bourse, le budget de R&D apparaît pourtant comme le pivot stratégique pour la survie des entreprises qui se doivent de rester reliées aux grandes tendances à venir. Mais peut-on encore innover en France?


La technologie, remède au décrochage de l'industrie française ?
La France, mauvais élève de l'Europe?

Récemment pointée par le rapport de la Commission Européenne, l'industrie française se doit d'axer sa recherche et son développement sur ses points forts pour s'extirper de son dixième rang concernant la productivité par employé. Son faible pourcentage d'entreprises innovantes (50%) la place derrière l'Italie, la Grèce et le Portugal, pays en équilibre financier pourtant précaire, et souligne ses difficultés à associer technologie et industrie. Dans un paysage économique global de fin de crise, la France se retrouve dans une position ambivalente et supporte mal l'hyper-concurrence, générée par un déficit de compétitivité, qui fait rage dans le monde de l'industrie, où les niches prometteuses deviennent de plus en plus rares et délicates à occuper. En 1982, l'industrie représentait 28% du PIB. Aujourd'hui, elle en représente 13%, loin derrière les 30% de l'Allemagne. Plus que jamais, et compte tenu des enjeux concurrentiels internationaux, l'industrie française a donc besoin d'un nouveau souffle technologique.

Un constat que l'éditorialiste Philippe Escande, à propos de la situation hexagonale, formule en ces termes: "l’innovation décentralisée, l’écosystème harmonieux, les PME dynamiques, ce n’est pas son fort. Seul point positif, la création des pôles de compétitivité, unanimement reconnus comme l’embryon d’un système d’innovation qu’il faudra conforter autrement que par de nouveaux TGV, autoroutes et autres rustines keynésiennes du siècle dernier." Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur soutiennent même, dans leur dernier ouvrage (1), que la crise que nous traversons n'est pas tant due à la financiarisation de notre économie qu'à un déficit d'innovation provoquant une inadéquation entre les attentes du consommateur d'une part, et les produits qu'on lui propose d'autre part.

De surcroit, certaines entreprises françaises innovantes passent parfois sous contrôle étranger, comme vient de le montrer une fois de plus l'exemple de Souriau, leader mondial des connecteurs en environnement sévère et fleuron de l'industrie française, racheté par Esterline, entreprise industrielle américaine "moyenne", sans savoir-faire spécifique dans le domaine des connecteurs spécialisés dans l'aéronautique et la défense.

Des entreprises qui ont quand même choisi la France

Même si le constat peut paraître pessimiste pour l’industrie française, certaines entreprises tricolore maintiennent, voire accroissent leurs efforts de recherche et développement. Discrètes pour certaines, mais déterminées dans leur politique d'innovation, ces entreprises présentes à l'international se démarquent des tendances nationales peu réjouissantes. En effet, si la France a de plus en plus de mal à lancer ses entreprises dans la compétition industrielle, des entreprises françaises peuvent encore se vanter d'un savoir-faire et d'un contenu en innovation parfois étonnant, à l'image d'Eolane qui lance sa première tablette numérique (la tablette "Qooq"), a fortiori 100% française! Suite au rapatriement de sa production en France, le président de Qooq Jean-Yves Hepp ravivait la fierté industrielle française en ces termes: "J'avais envie de démontrer qu'on pouvait développer en France l'industrie du 21e siècle". Et l'entreprise avait toutes les bonnes raisons de parier sur la tablette "made in France", en dépit de la crise actuelle et des coûts de production prétendus insoutenables par certains industriels, comme l'indique très bien le quotidien Libération: "Son prix, 349 euros, reste inchangé par rapport à celui du modèle assemblé en Asie car le surcoût lié à la main d'oeuvre en France a été complètement compensé par l'innovation et par un processus plus automatisé, ce qui en fait une offre très compétitive". Preuve que produire et innover en France n'est pas toujours synonyme de ruine, bien au contraire.

La R&D et la compétence distinctive : les clés de la compétitivité

Dans le domaine de l'industrie lourde cette fois-ci, les projets développés par le groupe CNIM, signes d'une R&D performante et dynamique, sont un autre exemple français de mariage technologique et industriel réussi. CNIM est une entreprise discrète, peu connue, mais elle est pourtant un des fleurons industriels français. Le cœur du métier du groupe est l’innovation industrielle . Des solutions solaires aux carters amonts des boosters d'Ariane V en passant par le pont flottant motorisé (PFM) ou les procédés d'épuration des fumées, CNIM innove dans tous les domaines. La cohérence de cet éclectisme en matière de R&D repose sur des savoir-faire historiques: la mécanique de pointe et la thermodynamique. CNIM oriente son activité sur des marchés prometteurs comme celui de l'environnement. Très bien implanté sur ce secteur, CNIM développe notamment le " haut de la chaîne " en travaillant sur l'optimisation de la conception de centrales solaires clés en main, et sur les pilotes en technologie (le seul pilote en énergie solaire opérationnel en France est installé à la Seyne-sur-Mer, un des sites de CNIM).

Ces deux exemples, CNIM et Eolane, puisés dans le répertoire industriel français, démontrent que les stratégies de différenciation fondées sur une politique d’innovation active permettent de réagir aux approches stratégiques par les prix des pays à faible coût de main d’œuvre. La recherche de la compétence distinctive forte dans un domaine technologique permet d'acquérir et de conserver un avantage concurrentiel. Une posture que CNIM semble avoir adopté très tôt, puisque dès le début des années 80, le groupe a investi dans la technologie solaire, dans laquelle elle dispose désormais d'une belle marge technologique d'avance. Egalement à l'origine de la chaudière de la centrale solaire Thémis dans les Pyrénées, l'expertise de CNIM permet aujourd'hui à l'entreprise de proposer des programmes de centrales solaires clés en mains! Les autres entreprises françaises spécialisées dans cette niche tentent pour l'instant de se démarquer les unes des autres, et de miser sur un futur prometteur : un marché annuel de 13GW qui pourrait passer à 35GW d'ici 10 ans. Les entreprises qui sortent du lot mettent l'accent sur une R&D ambitieuse: l'ère du solaire devrait commencer à prendre son ampleur après 2020. Et comme bien souvent, les premiers arrivés seront les premiers servis!

(1) « L’Innovation au coeur de la croissance »,Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur éd. Economica.

Cité dans cet article: : CNIM conjoncture Eolane france industrie Innovation