Le Progrès Technique

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La haute-couture, même fragilisée par un contexte économique tendu, est une des incarnations de la France, partout sur la planète. Les fromages français, dûment estampillés AOC, font le tour du monde : il régalent Japonais comme Américains, en dépit de normes sanitaires de plus en plus exigeantes. Bref, sur certains segments du marché, la France sait faire. Dans l’excellence, la séduction et la fiabilité. Elle génère encore des marques qui font référence.


Produire français, un défi au goût du jour
Produire en France : un enjeu de taille pour l’avenir du territoire
 
C’est une France décomplexée, à la production comme à l’exportation qui porte à l’espoir. Toutefois, des pans entiers de notre économie –et en particulier dans le secteur de la production industrielle ou semi-industrielle- sont à la peine. Non seulement, ils ne « passent » pas les frontières, réputés trop chers ou peu fiables; mais ils sont aussi frappés de plein fouet dans le marché intérieur par la concurrence d’autres pays, en particulier les puissances émergentes. Résultat : le tissu industriel se relâche et s’effrite. Pourtant, certains responsables semblent avoir décidé d’inverser la tendance, persuadés que la France n’est vouée  exclusivement ni à la production agricole, ni aux services : il existe selon eux, cet espace intermédiaire, celui de la production, qui est celui de la qualité.
 
De la délocalisation à la relocalisation
 
Submergée par la déferlante asiatique, indienne ou turque, l’industrie du textile en France est réputée à bout de souffle. Pourtant, une quinzaine d’ouvrières licenciées de Lejaby viennent de créer leur atelier de production, en plein cœur du Poitou : avec un chiffre d’affaire éloquent pour 2011, « L’Indiscrète » est en train de relever le défi d’une production française de lingerie orientée vers le haut de gamme. Avec la même ardeur, et dans un domaine lui aussi assailli par la concurrence et le low-cost, la société Optic 2000, numéro un de la lunetterie en France, a lancé un programme « vision solidaire ». L’objectif : recréer une filière de production –verres et monture- dans un secteur qui a perdu plus du tiers de ses emplois au cours des premières années de ce siècle. Et Optic 2000, avec son initiative « Mode in France », ne fait pas dans la demi-mesure: l’entreprise fait du 100% français (y compris en sélectionnant ses fournisseurs) contrairement à de nombreuses entreprises qui se contentent de procéder à un simple assemblage sur le territoire national. Sur le même canevas de pensée, produire en France, des objets de haute qualité, à forte valeur ajoutée, les skis Rossignol ont opéré un virage à 180 degrés en relocalisant une partie de leurs production sur leur site historique de Sallanches (Haute-Savoie).
 
Le « mode in France »
 
Au cœur de cette stratégie du « made in France », il y a avant tout une volonté. C’est parce qu’il se perçoit comme un acteur économique majeur mais aussi parce qu’il a pleinement conscience de sa responsabilité que le leader français de la lunetterie Optic 2000 a ouvert son atelier de production à Morez, au cœur du Jura. Fort d’un projet économique longuement mûri, Yves Guénin, le secrétaire général de l’entreprise Optic 2000 a porté ce projet pendant plusieurs années. En ouvrant le site, il a autant travaillé avec ses équipes le savoir-faire que le faire savoir. En témoigne l’action véritablement pédagogique dans chacune des 1800 enseignes du groupe. L’acheteur est responsabilisé. Il sait que la monture ou les verres choisis ont été fabriqués en France, grâce au label « origine France » placé systématiquement sur les produits concernés. Du coup, il n’est pas simple consommateur passif : son acte d’achat s’inscrit dans une dynamique consciente et surtout d'engagement. Le consommateur devient un consom’acteur qui choisit de faire un acte citoyen au delà d’un simple achat. L’effet positif a été décuplé par l’accord passé entre le groupe Optic 2000 et l’ AFM-Téléthon puisque sur chaque monture « made in France » vendue, une dîme humanitaire de 1€ est reversée à l’association. Ainsi, l’acte d’achat a un double impact : la préservation d’emplois industriels en France et le financement de la recherche médicale.  Le nouveau slogan de la marque, « une nouvelle vision de la vie », s’applique parfaitement à l’entreprise qui a complètement mué en multipliant les initiatives engagées marquant bien le rôle social de cette coopérative.
 
Un gage de qualité
 
Produire français et acheter français, c’est aussi faire le pari de la qualité. Un axe développé de longue date par Magimix, spécialiste de la robotique de cuisine, et en tête des ventes sur les segments supérieurs du marché. Ou des cristalleries d’Arques, dans le nord de la France qui grâce au Zenix, une nouvelle fibre issue de la haute technologie et trois fois plus résistante que la porcelaine, a complétement revu et redessiné sa production, avec, à la clé, 5 000 emplois maintenus dans une région industrielle exsangue. En associant à sa démarche les deux fabricants de verres correcteurs français, Essilor et BBGR, en sensibilisant l’ensemble des intervenants de la filière comme les caisses d’assurance maladie complémentaire, Optic 2000 veut développer le cercle vertueux du produire à la française. Et les innombrables bénéfices d'un retour au "made in France" ne sont pas réservés aux très grandes entreprises: les PME ont toute leur place dans le maillage du tissu de sous-traitance qui résulte de cette redistribution des cartes productives.
 
Le made in France : un enjeu politique
 
L’idée de produire et d’acheter français, considérée pendant vingt ans comme un combat perdu d’avance pour tout un pan de l’industrie a pris depuis quelques mois un nouvel essor. Au point, du reste, de s’inviter dans débat politique et d’en devenir un des thèmes majeurs. La France dispose pour ce faire d’un maillage serré de PME, inégalement réparties sur le territoire, mais fortes d’expertise et de savoir-faire. Elle peut aussi s’adosser sur la force de marques longuement implantées et portées, à l’instar de la Cristallerie d’Arques ou d’Optic 2000, qui réhabilitent un héritage industriel et productif séculaire. Ancrée dans l’économie européenne, la France peut aussi bâtir des partenariats et imaginer des « co-productions » industrielles, à haute valeur ajoutée et pertinentes sur le marché, en dépit d’un coût du travail plus élevé que dans les puissances émergentes. Autant d’atouts qu’il est urgent de valoriser. Manque le plus souvent la détermination et la vision à moyen terme. Manquent aussi l’audace et la clairvoyance : loin d’être la manifestation d’un désir frileux de rester, de produire et de consommer entre soi, l’idée de réhabiliter une production made in France est de nature à construire des projets d’entreprise socialement et économiquement innovants, véritables booster d’avenir.