Le Progrès Technique

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Les Smart grids, réseaux électriques intelligents, constituent une avancée majeure dans la gestion de l’énergie : ils devraient permettre d’économiser l’énergie, de mieux intégrer les sources d’énergie renouvelables, mais aussi de modifier nos usages énergétiques. Une technologie de pointe, qui repose avant tout sur le recueil, l’analyse et le traitement des données.


(sous licence Creative Commons)
La nécessité de repenser nos réseaux électriques

Notre modèle énergétique est en pleine révolution. Il faut consommer moins, limiter nos rejets de CO2, sécuriser notre approvisionnement et favoriser le développement des énergies propres, qui ont la particularité d’être intermittentes et produites localement. Autant d’impératifs environnementaux mais aussi économiques auxquels notre réseau actuel n’est pas capable de répondre. C’est pourquoi on travaille désormais sur la mise en place de réseaux dits « intelligents », ou Smart grids, issus de la convergence des technologies énergétiques et informatiques.
 
Les données : le carburant des Smart grids

En effet, le socle sur lequel reposent les Smart grids est constitué par l’immense quantité de données numériques qu’il est aujourd’hui possible de recueillir, tant du côté des facteurs extérieurs (données météorologiques), que de la production (centralisée ou décentralisée, chez les particuliers) et de la consommation d’énergie. « Les habitants deviennent eux-mêmes une voie de remontée d’informations qui va aider les villes à optimiser encore plus leurs services », explique ainsi Philippe Torres, directeur conseil et stratégie digitale à L’Atelier BNP Paribas, qui commente une étude montrant que les Smart cities sont bien « l’Eldorado du Big Data » (1). Le compteur connecté Linky, dont le déploiement généralisé d’ici 2020 vient d’être officiellement annoncé, s’inscrit dans cette démarche : il sera notamment utilisé pour remonter de façon pointue les données de consommation. Il est déjà en test dans le cadre de plusieurs expérimentations de Smart grids, comme à Carros avec Nice Grid ou à Issy-les-Moulineaux avec IssyGrid.
 
Donner du sens aux données

Néanmoins si les progrès en matière d’objets connectés, mais aussi de capacité de stockage des données, sont essentiels pour le déploiement des Smart grids, ils ne sont pas suffisants. Il est en effet indispensable de donner du sens à ces informations, et les rendre utilisables (par le biais de tris, croisements mais aussi d’outils de visualisation) afin qu’elles puissent servir les usages, et les objectifs énergétiques. Thomas Peaucelle, directeur général délégué de Cofely Ineo, filiale de GDF-Suez spécialiste des Smart grids et plus largement des solutions au service de la ville durable, l’explique : « toutes ces technologies doivent être mises au service de la collectivité et des citoyens. Il s’agit de transformer les data en une information construite, innovante, efficace ». Cofely Ineo vient d’ailleurs d’inaugurer à Toulouse le premier démonstrateur Smart grid à l’échelle d’une zone d’activité. Celui-ci intègre des consommateurs (entreprises), mais aussi des installations de production d’énergies renouvelables, des solutions de stockage de l’énergie et bien sûr un système de management de l’énergie. Il permettra de mettre en place un algorithme de pilotage intelligent, qui optimisera la cohérence entre la production et la consommation d’énergie. L’importance de cette dimension « Smart Data » est d’ailleurs une préoccupation partagée : « 60% des décideurs interrogés font de l’analytique un poste prioritaire d’investissement pour appuyer le développement des réseaux intelligents », révèle une récente étude Accenture (2).
 
Les Smart Data, l’outil clé du consom’acteur

Mais ces Smart Data, première brique des Smart grids, permettront plus que des algorithmes de gestion. Elles sont en effet au cœur de l’émergence d’un nouveau paradigme énergétique dans lequel le consommateur, producteur mais aussi destinataire des données, n’est plus passif, mais en mesure d’adapter son comportement en fonction des informations qu’il reçoit. « L’énergie de demain sera le résultat de beaucoup plus de numérique. Cela permettra aux citoyens de redevenir acteurs de leurs consommations », affirme Thomas Peaucelle, de Cofely Ineo. D’ailleurs, le Smart grid toulousain de Cofely Ineo a déjà vu la consommation du site réduite de 15 à 20 %, grâce à la fois aux systèmes de pilotage… et au comportement des utilisateurs.
 
Cette possibilité d’interagir avec le consommateur rendue possible par les technologies des Smart grids offre notamment des perspectives très intéressantes pour traiter la question des pics de consommation, particulièrement énergivores, et difficiles à gérer. Le projet Nice Grid, démonstrateur de quartier solaire intelligent situé à Carros, teste dans cette optique l’envoi de SMS aux habitants, via la plateforme Network Energy Management développée par Alstom, en cas de pics de consommation, afin qu’ils puissent adapter leur consommation en temps réel. Pour Cyrille Souche, directeur de la publication  de CDurable, « cette évolution du réseau électrique ne pourra pas se faire sans la responsabilisation du consommateur. "L’énergie est notre avenir, économisons-là" et rendons la production comme la consommation d’électricité plus intelligente. » 
 
Car en dépit de leur dimension hautement technologique, le succès des Smart grids repose avant tout sur l’implication des consom’acteurs, devenus producteurs potentiels d’énergie propre, mais aussi acteurs de leur consommation et finalement maillon central de l’équilibre entre production et consommation. Pour Jean-Marie Chevalier, économiste et spécialiste des questions énergétiques, « avec les « Smart grids » apparaîtront les « smart consumers » ». Nous pourrions même dire … les « smart citizens » ?
 
(1) http://www.usine-digitale.fr/article/les-smart-cities-eldorado-du-big-data.N247984
(2) http://www.accenture.com/SiteCollectionDocuments/Local_France/PDF/Accenture-Digitally-Enabled-Grid.pdf